Plateforme

Intervenant : Amine GHARBAOUI, Directeur Technique (CTIO) chez Gino
Gino est un éditeur de logiciel français qui produit une solution de gestion du cycle de vie des contrats, ce que l’on appelle un CLM (Contract Lifecycle Management). Notre outil s'adresse aux entreprises, aux directions juridiques ainsi qu'aux entités gouvernementales.
Gino a environ dix ans d'existence et compte aujourd'hui 70 clients, principalement en France mais aussi à l’international. Nous accompagnons de grands groupes comme France Télévisions, Bouygues, Metro ou McDonald's dans la transformation et la simplification de leur travail quotidien. Notre logiciel s'intègre directement à leur environnement technique (notamment la partie CRM pour la gestion des contacts) afin de rendre la gestion des contrats plus efficace, plus sécurisée et grandement automatisée.
Le premier changement est quantitatif : il y a de plus en plus de contrats. Auparavant, les grands appels d'offres structuraient l’essentiel du marché. Aujourd'hui, avec les nouvelles politiques d'achat, les entreprises multiplient les collaborations avec de petits acteurs. Qui dit plus de partenaires, dit plus de contrats et donc plus de contrôles nécessaires.
Le deuxième changement concerne l'intégration de la technologie et de l'IA.
"On demande constamment aux juristes d'aller plus vite et plus loin, souvent avec les mêmes moyens."
Enfin, la posture même du directeur juridique a évolué. Avant, le département juridique intervenait en bout de course pour valider ou rejeter un contrat. Aujourd'hui, le directeur juridique est au centre de la collaboration avec la DSI et la direction générale. Il s'impose comme le véritable gardien du patrimoine informationnel de l'entreprise.
Les données contractuelles sont par nature extrêmement sensibles. Elles ne laissent aucune marge d'erreur. Il faut penser son écosystème et sa chaîne d'outillage dès le départ pour qu'ils puissent perdurer, quels que soient les aléas technologiques, économiques ou géopolitiques.
Aujourd'hui, le choix de la technologie sous-jacente est devenu plus important que les fonctionnalités mêmes du logiciel. Prenez un exemple simple : si tous vos contrats sont stockés dans un système tiers et que le fournisseur décide du jour au lendemain de vous couper l'accès à cause d'une contrainte extraterritoriale, vous perdez votre outil de travail. Même si vous disposez de copies locales, votre logiciel de gestion ne sert plus à rien et vous tombez immédiatement dans l'obsolescence documentaire.
"S'assurer que sa solution est totalement indépendante des pressions géopolitiques ou technologiques extérieures est désormais le "niveau zéro" de la réflexion pour les juristes et les acheteurs."
Ce choix s'est imposé parce que la sécurité des contrats est un élément non négociable. Certes, construire une solution souveraine de bout en bout demande plus d'efforts et s'avère plus coûteux que d'utiliser des solutions tierces plus faciles d'accès en termes de connectivité.
Mais Gino a été fondé par Maître Philippe Ginestié, qui est avocat depuis une cinquantaine d'années. Lorsqu'un logiciel est imaginé par un avocat, l'exigence première est la réputation et la sécurité des données que nos clients nous confient.
Le troisième aspect est réglementaire. Les régulations européennes deviennent de plus en plus strictes : l'AI Act, le Data Act, la directive DORA pour les institutions financières, ou encore NIS 2 pour la cybersécurité. En tant que CTO, si je ne m'appuie pas sur un écosystème souverain, je ne peux pas m'engager contractuellement ni moralement auprès de mes clients en garantissant la maîtrise de toute ma chaîne de partenaires.
C'est pourquoi nous avons choisi OVHcloud. C’était le choix évident, car leur souveraineté va jusqu'au manufacturing du matériel informatique : ils maîtrisent la fabrication de leurs propres serveurs. Face aux tensions actuelles sur le prix et la disponibilité des composants, avoir un partenaire qui gère sa chaîne d'approvisionnement à 100 % est un avantage immense. De plus, c'est le seul acteur majeur en France à disposer de la qualification SecNumCloud, le niveau le plus élevé en matière de sécurité.
La prise de conscience existe depuis plusieurs années, mais elle s'accélère fortement avec la multiplication des incidents de sécurité médiatisés. Même nos clients historiques reviennent vers nous pour savoir quelles garanties supplémentaires nous pouvons leur apporter. Ce qui était une simple prise de conscience est en train de devenir une obligation de conformité.
Dans le domaine juridique, l'IA a immédiatement été perçue comme un accélérateur. Après une très courte phase d'interrogation sur le remplacement des humains, l'écosystème a vite compris que l'objectif était de créer un "juriste augmenté". L'IA permet de déléguer les tâches répétitives et à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur l'essentiel.
Cependant, ma limite en tant que CTO repose sur deux piliers : la localisation des données et le contrôle des réponses. Les données contractuelles engagent deux parties (votre entreprise et votre cocontractant), elles ne peuvent pas être partagées sans contrôle. De plus, une IA non maîtrisée peut aller scanner des bases de données étrangères et induire le juriste en erreur en validant une clause non conforme au droit local. L'introduction d'un facteur d'imprécision est inacceptable pour un juriste.
C'est également là que le choix d'OVHcloud fait la différence. Pour notre IA souveraine, nous utilisons leur plateforme AI Endpoints. Les serveurs sont localisés, les données ne sortent pas de cet environnement et les modèles ne sont pas réutilisés pour des usages externes non contrôlés.
Cela nous permet de garantir à nos clients une transparence totale — ce que demande d'ailleurs l'AI Act — sur l'endroit où résident leurs données et la façon dont elles sont traitées. En contrôlant directement le modèle, nous pouvons appliquer des mécanismes stricts d'anti-hallucination et d'anti-biais.
La souveraineté ne s'arrête pas à un serveur situé en Île-de-France, elle englobe toute la chaîne algorithmique.
Pour nous, c'est capital. Gino est une solution totalement indépendante. Nous ne sommes liés à aucun grand éditeur mondial ni à aucun acteur public particulier sur la partie IA.
Cette liberté nous permet d'accompagner nos clients là où se situent leurs besoins réels. Nous travaillons avec des acteurs du secteur régalien et des ministères sur des sujets très sensibles qui exigent des déploiements sur-mesure et ultra-souverains. À l'inverse, nous pouvons aussi accompagner des acteurs aux contraintes plus légères. Pour nous, la liberté, c'est de concevoir notre logiciel de manière à pouvoir offrir une flexibilité totale à nos clients.